Les Italiens droits dans leur botte, hier, pour sauver le consulat de Lille

samedi 11.07.2009

Près d’une centaine de personnes se sont rassemblées, hier, devant le consulat d’Italie, à Lille, pour protester contre sa fermeture annoncée. Les représentants de la communauté, nombreuse dans la région, refusent d’être ravalés au rang de « citoyens de seconde zone » au nom de coupes budgétaires.

Italiens, Français ou titulaires de la double nationalité, la fermeture du consulat ne passe pas. PHOTO FRÉDÉRIC DOUCHET

Ugo est arrivé en France à 27 ans. « Il n’y avait pas de travail en Italie, toute la jeunesse partait. » C’était en 1957. Hier matin, le septuagénaire fait le siège du consulat de son pays, rue d’Isly à Lille, avec près d’une centaine de compatriotes. « C’est là que je donne des papiers pour ma retraite, ou pour les passeports. Ils font un peu de tout. » L’accent est chantant, le ton amer. Le mois dernier, le sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, révélait le projet gouvernemental de réorganisation consulaire. Un plan de rigueur diplomatique qui prévoit la fermeture de dix-huit consulats. Dont celui de Lille. Depuis, la résistance s’organise. « Il y a trop de ministres à Rome, fulmine Ugo. Et pour nous ? Rien. » Sur le trottoir, la sono joue Fratelli d’Italia, l’hymne national. Puis Sebastiano Urgu, le président de l’Union des Italiens du monde (UIM), harangue les manifestants dans la langue de Dante. « Nous ne sommes pas des Italiens de seconde zone ! Le consulat est présent depuis 1864 à Lille, cette fermeture est un désastre pour nos concitoyens. » Carte d’identité, état-civil, passeports… Le consulat est un bout de la botte italienne posé en terre du Nord. Plus de 30 000 ressortissants inscrits sur ses tablettes. « C’est comme si on vous disait que la mairie de Lille ferme, et que vous allez devoir aller à Roubaix », image Sebastiano. Il refuse de voir réduit le consulat à une permanence ou d’envisager une délocalisation à Paris.

« Ce n’est pas justifié, grince Vita, 54 ans. Le consulat fait le lien avec l’État italien, dès qu’on a besoin d’un papier. C’est nous qui allons trinquer si nous devons aller à Paris. » Le lieu n’est pas qu’un guichet. Il participe d’un rayonnement culturel.

Martine Aubry le sait, qui a adressé à Sebastiano, hier matin, la copie d’une lettre envoyée au ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini. Le maire de Lille y souligne le « rôle inestimable » joué par le consulat et appelle à un « réexamen » de la position gouvernementale.

On n’attendrait pas de Maurizio Bungaro qu’il use d’un ton aussi pressant. Pourtant, lorsque le consul, nommé l’année dernière, fait face à une délégation, quelques minutes plus tard, il n’hésite pas à fendre l’armure diplomatique. Et esquisse une solution de compromis : « Avec 30 000 personnes, il est impensable de faire cesser cette présence. Il est possible de conjuguer économies et efficacité. Mais couper la tête de quelqu’un qui a besoin de médicaments, ce n’est pas la bonne méthode. Il faut maintenir la pression. » Pas besoin de le dire deux fois. « Cette journée n’est qu’une première étape, juge Brudo de Santis, le président du comité lillois des Italiens à l’étranger. On va mettre dans le coup toutes les associations, toutes les autorités locales. Ca me ferait mal au coeur de retirer ce petit drapeau italien de la région. À la rentrée, il y aura une grosse mobilisation. » L’UIM va plus vite encore. Craignant les effets lénifiants de l’été, elle appelle à une autre manifestation, dès le 21 juillet. Berlusconi, empêtré dans des affaires d’embrassades, se sera-t-il alors penché sur ses problèmes d’ambassades ? S. B.

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